vendredi, août 07, 2015

J’AI MIS MES IDÉAUX DE CÔTÉ… JE RETOURNE AU TRAVAIL !

06 août 2015 (tôt matin)

Je m’appelle Thomas, j’ai 34 ans. J’ai fait des «études d’histoire et d’instituteur. Dans ma vie professionnelle, j’ai alterné monde de l’enseignement et monde des associations. Education toujours, tantôt dans les écoles, tantôt en dehors. A chaque fois, une même envie : contribuer à changer le monde, en mieux… tant qu’à faire ! A chaque fois, des raisons fréquentes de s’enthousiasmer et nombreuses de se décourager.

Aujourd’hui, 6 août 2015 je retourne au travail (de "tripalium" en latin, un instrument de torture fort sympathique), après un peu plus de deux ans d’abstinence dense et épanouissante, au point d’y prendre goût. Mais, heureusement la ‘torture’ est aujourd’hui une valeur et dans un monde de libertés à tout va quoi de mieux pour devenir libre (en allemand cela sonne bien…). Je suis engagé pour six moix à mi-temps à MATM (Mouvement d’Actions à Travers le Monde). Mon dernier emploi, au Monde des Possibles (ça ne s’invente pas), a subitement pris fin un vendredi après-midi de fin de printemps, apprenant mon licenciement par un succinct sms (on arrête pas le progrès). Oui, le ‘short message system’, pourquoi faire long quand on peut faire court, me signalant que ne devais pas revenir lundi… viré en bonne et due forme !

Depuis, honte à moi, je n’ai pas toujours cherché un boulot. En plus, comble du scandale, il m’est arrivé de recevoir de l’argent (issu, entre autres, de la générosité contrainte de la population "torturée" de mon pays). J’ai, tout de même, postulé à plusieurs reprises avec, à la clef une série d’examens écrits et d’entretiens oraux dans diverses associations. Le dernier en date au CNCD (Coordination Nationale de la Coopération au Développement).

Si je prends la plume en ce jour, ce que je souhaitais déjà faire il y a vingt-quatre mois, c’est que certaines réflexions nées de ces expériences me paraissent valoir la peine d’être partagées, que la situation actuelle m’inquiète et que les raisons invoquées pour mon dernier non-engagement m’ont donné l’indignation nécessaire pour me lancer.

A BAS LA HIÉRARCHIE
C’est le titre pour le moins éloquent d’une chanson de Stupeflip qui me plait bien. Pourtant, NON, je ne considère pas forcément que toute forme de hiérarchie est systématiquement néfaste. Mais, OUI, j’estime que toute forme de hiérarchie mérite d’être remise en question. Et, OUI, je crois que l’horizontalité dans les rapports humains a quelque chose de plus digne et beau que la verticalité. Une verticalité qui, dans notre monde actuel, fait des dégâts à bien des niveaux, donne lieu à moult injustices et génère une dose non négligeable de mal-être !

Si j’ai été brutalement mis à la porte d’une petite association liégeoise défendant de nobles valeurs et faisant, à bien des égards, du très bon ‘travail’, c’est que mon ‘chef’ voulait m’imposer certaines qu’il jugeait prioritaires et que j’ai eu le malheur de dire (et re-dire) que je n’étais pas d’accord.

Si je n’ai pas été engagé au sein de la coupole des assocs belges francophones c’est que j’ai eu le malheur d’évoquer des regrets quant à la structure pyramidale d’une ong où j’avais travaillé auparavant, les Iles de Paix.

Si je n’ai jamais réussi à me sentir heureux dans mon costume du "plus beau métier du monde" c’est, notamment, car j’avais l’impression de passer beaucoup de temps (et d’énergie) à obliger de futurs adultes à m’obéir, à leur imposer de faire des choses qui ne leur plaisaient pas (et dont ils ne comprenaient pas forcément le sens) sans avoir la possibilité de les remettre en question !

Si j’écris maintenant ce n’est pas pour me plaindre de mon triste sort mais bien pour évoquer un mal qui touche un grand nombre d’institutions qui existent, apriori, avec l’intention de rendre notre monde un peu meilleur. A de nombreuses reprises, ces derniers temps, après un entretien oral que j’avais trouvé encourageant, j’ai appris que je n’étais pas ‘l’heureux élu’. Jusque-là rien d’étonnant : ce n’est pas les personnes de qualité qui manquent… Mais, ce qui m’interpelle c’est l’honnêteté avec laquelle, lorsque j’ai pris la peine de demander la raison, on m’a expliqué que "je me posais un peu trop de questions", que "j’avais une vision trop politique des choses", que "mon esprit critique faisait peur" ou encore, tout récemment, que "mes questionnements sur la hiérarchie posaient problème".

Il y a quelque chose d’ironique et tragique dans cette réalité. L’entretien d’embauche, maillon final d’une chaîne de mise en compétition des candidats maquillée d’objectivité, revêt une violence symbolique que même des structures associatives semblent incapables de contrer.

Il vous faut, avant tout, faire profil bas, soit spontanément, soit en faisant semblant. Ce qu’il y a d’étonnant c’est que l’employeur semble souhaiter cela quitte à avoir face à lui quelqu’un qui ne lui dit pas ce qu’il pense. Il vous faut, dès avant l’engagement, vous soumettre, au moins en apparence (mais le mal est fait) à une hiérarchie. Il ne s’agit pas seulement d’accepter qu’il y aura qu’il y aura "quelqu’un au-dessus de vous" (ça vous l’saviez déjà) mais bien de camoufler toute velléité de désobéissance, de refouler toute expression d’une envie d’égalité, tout doute quant à l’intérêt de donner du pouvoir à certains sur d’autres.

Au festival Esperanzah (le we dernier) une personne travaillant dans une des nobles associations évoquées me disait : "tu sais Thomas, cohérence des idées ou trouver un travail, il faut choisir ! ". Ca a le mérite d’être clair. Et dire que mon train arrive à destination, que je me suis levé à 5h45, que c’est mon 1er jour de travail.

Mes amis semblaient un peu surpris de ne pas me voir plus emballé apprenant la ‘grande nouvelle’ de mon engagement. Je sais, c’est bizarre mais j’ai toujours eu une fâcheuse tendance à être plus attiré par la cohérence que par la ‘torture’. Et si les chômeurs étaient, en réalité, les plus grands idéalistes parmi nous ?

jeudi, décembre 18, 2014

18 décembre journée internationale des migrants !



Monnaies alternatives

 
Le ropi a ouvert le bal en 2010. Depuis la naissance de cette monnaie spécifique au bassin montois, d’autres ont pointé le bout de leur nez. Elles s’appellent épi à Virton et valeureux à Liège. Créées et diffusées par des citoyens, ce sont des monnaies locales de parité avec l’euro et apparentées à des bons d’achat. 

Faut-il y voir une réponse populaire à la crise ? « Cette dernière a exacerbé le mouvement, mais son initiation est plus profonde et s’inscrit dans le développement des villes en transition. C’est-à-dire dans le désir de renforcer la résilience des communautés face aux crises économiques, sociales et environnementales, explique Virginie Xhauflair, chargée de cours au centre d’économie sociale de HEC-ULg. Les monnaies locales stimulent l’économie réelle en lieu et place de l’économie dématérialisée. » De plus, « elles permettent de réfléchir sur le rôle de l’argent et de se réapproprier son utilité sociale tout en créant du lien humain », ajoute Laurence Roland de Financité. Pour encourager les détenteurs de billets à les dépenser auprès des commerçants locaux, aucun intérêt n’est appliqué à ces monnaies. N’apportant pas de bénéfice, accumuler la monnaie est dès lors un non-sens. 

Aux trois monnaies citoyennes francophones en circulation, 5 projets sont en cours de réalisation. Alors que l’éco-iris (Bruxelles) est la seule tentative francophone de monnaie publique, c’est la solution privilégiée en Flandre. L’une des 4 monnaies publiques flamandes est le toreke à Gand. 

Notre société est sous l’emprise d’un monopole monétaire. Aucune monoculture ne peut espérer être stable, c’est ainsi qu’au moindre rouage économique grippé, le risque existe que tout s’écroule. « En moins de 40 ans, on a dénombré quelque 425 crises monétaires, financières et de dette publique, soit plus de 10 par année. Il faut un minimum de diversité monétaire, trouver d’autres moyens d’échange gérés par d’autres acteurs », conseille d’ailleurs l’économiste belge Bernard Lietaer. 

Toutefois, les monnaies locales n’ont pas vocation de supplanter l’euro. « Leur rôle est complémentaire à la monnaie dominante. Elles permettent de sécuriser les ressources et de garder les richesses localement ; tout en empêchant la spéculation et en évitant que l’argent et le profit économique régional ne soient aspirés par les banques et le monde de la finance », ajoute Virginie Xhauflair. 

Plus qu’une question de territoire, les monnaies citoyennes sont façonnées en fonction de l’objectif sociétal visé. « La réussite d’un tel projet exige que les utilisateurs aient un objectif commun, explique Antoine Attout, expert auprès du réseau d’économie solidaire Financité. Il s’agit souvent de la promotion des circuits courts et du soutien à l’activité économique locale. C’est pourquoi les monnaies complémentaires sont conçues à l’échelle d’une ville, comme le ropi ou le valeureux.» Mais la monnaie minuto (voir ci-dessous), avec son ambition d’équité en matière de revenus, s’inscrit dans une démarche sans limite territoriale.  
En adoptant une monnaie complémentaire, une communauté indique sa volonté de sortir du cadre normalisé. Virginie Xhauflair revient sur une anecdote. « A Totnes, la ville anglaise qui a vu naître le mouvement des villes en transition, les citoyens ont imprimé un billet égal à 21 pounds. Une valeur inhabituelle comme un pied de nez au système économique standardisé. » 

L’engouement y est tel que la monnaie locale est utilisée pour rémunérer – du moins partiellement – les travailleurs qui le désirent. Au vu de notre cadre juridique, une telle situation est impensable en Belgique. « Tout au plus, un employeur peut-il offrir un avantage extralégal en monnaie locale d’une valeur maximale de… 35 euros », commente Antoine Attout.